SYNTHESE DES 2 DÉBATS CULTURE DE PFM Les débats CULTURE de PFM -samedi 17 septembre et samedi 15 octobre 2005

Synthèse des Débats Culture de Radio PFM
(Samedi 17 septembre et samedi 15 octobre 2005)

« La place des association dans la vie culturelle arrageoise »

Débat n°1 : « Y-a-t-il une vie culturelle à Arras ? Comment se manifeste-t-elle ? Comment les associations y contribuent-elles ? »

Deux vies culturelles à Arras ?

Ce premier débat s’est ouvert sous l’angle d’un clivage présenté comme un « constat », celui d’une vie culturelle arrageoise scindée en deux mondes : la culture « officielle » (« organisée par la mairie », « culture réservée à une classe bourgeoise ») d’un côté ; la culture développée par les associations (« culture populaire plus souterraine ») de l’autre. Deux mondes en ce sens également qu’ils renverraient à deux types bien distincts de publics. Si ce clivage entre culture d’élite et cultures populaires est pour le moins « classique », certaines interventions appellent à le nuancer, à le dépasser, pour en venir à des questions transversales : « comment faire venir le public ? Pour qui les associations font-elles les choses ? »

Qu’elle soit nuancée ou effectivement radicale, la séparation de deux univers distincts à Arras signifie-t-elle que les associations sont là pour pallier un manque ? Pour ouvrir des possibles ? Est-ce que le contexte actuel qui multiplie les échelons politiques et territoriaux n’entraîne pas un manque de lisibilité des politiques publiques très tournées vers l’événement et vers une politique d’image ? De plus, la forme associative recouvre des réalités très disparates : peut-on parler d’une vie culturelle associative en tant que dynamique homogène ?

Certains répondent qu’il n’y a pas d’opposition entre deux mondes mais que, par contre, les projets associatifs ne sont pas toujours du même ordre : les associations ont des responsabilités plus importantes quand elles ont des subventions publiques et, d’ailleurs, au sein même des associations subventionnées, on peut distinguer celles qui rassemblent des amateurs soucieux de pratiquer ensemble et celles qui mènent des actions culturelles (à ce titre, les choix différenciés en terme d’attribution des budgets - et qui s’orientent plutôt en faveur de « vrais projets associatifs » - sont assumés par la Ville d’Arras comme « leviers » d’un politique culturelle municipale de terrain).
La question de la taille et de l’histoire de l’association est également cruciale : les grosses associations « historiques » qui gèrent des lieux institutionnels ont, de fait, plus de difficultés que les associations plus récentes à « rester connectées » avec l’évolution très rapide des genres, des tendances artistiques, des goûts, des pratiques et du public, dans un contexte culturel extrêmement changeant depuis 30 ans. Si bien que l’articulation entre les institutions culturelles (leurs « habitudes »), les jeunes associations et le monde d’aujourd’hui relève d’un « équilibre instable » et nécessite de rechercher un « point d’équilibre » - notamment par l’invention de collaborations pertinentes.
Du côté des « jeunes associations », on identifie un objectif commun : « développer le tissu culturel ». Un objectif qui souffre de manques : « manque de communication » avec la mairie, manque d’états des lieux conjoints des associations et des publics, manques « disciplinaires » (certaines disciplines artistiques auraient très peu d’ouvertures sur Arras) et manque de lieux (notamment pour les musiques actuelles).

Revenons-en aux questions « locales »

Après ce premier long moment de discussion, plusieurs interventions dans l’assemblée nous enjoignent à réorienter le débat, à sortir d’un propos trop théorique et général (trop « gonflant ») et à revenir aux questions de départ (« Y-a-t-il une vie culturelle à Arras ? Comment se manifeste-t-elle ? Comment les associations y contribuent-elles ? »). Tout compte fait, entend-on, « il se passe beaucoup de choses à Arras » et l’exemple de l’Office culturel à l’intérieur duquel le débat a lieu montre bien que l’on a pas tant à « se plaindre ». Jusque là, on s’est éloigné du sujet du débat dans la confrontation de ces différentes définitions de la culture alors que, « sur le terrain, on n’a pas du tout à imaginer des grands concepts ». Il est nécessaire d’aller au-delà des « guéguerres tribales » entre des associations très différentes (même si « le bordel c’est intéressant »).

Qu’est-ce que les associations peuvent faire ensemble ? Quels événements pourraient être fédérateurs ? Est-ce que la spécificité des associations ne tient pas à leurs modes d’action liés au collectif et au plaisir de faire ?

Le « faire ensemble » concerne autant les relations entre associations que leur rapport aux publics, l’objectif sous-jacent étant de partager avec le plus grand nombre dans une « démarche d’ouverture ». La richesse d’une ville c’est sans aucun doute sa diversité et l’idée d’un « projet fédérateur pour tous » relève d’une part d’utopie. D’ailleurs, si projet fédérateur il y a, le problème devient : qui conçoit ce projet (avec qui et pour qui) ?
Pour autant, plusieurs acteurs associatifs prennent position concernant les projets événementiels à l’initiative de la mairie. Pour certains, ils peuvent être un prétexte pour faire travailler les associations ensemble. Pour d’autres, le risque est important d’en rabattre sur la qualité artistique et culturelle dans la participation à ce genre de manifestations.

Est-ce qu’il n’y aurait pas autre chose que les grandes fêtes et les grands événements institutionnels pour un travail fédérateur (notamment puisque la fête se caractérise par son mode imprévu, par ses « fausses notes », par son côté désorganisé) ?

Si le travail de collaboration entre les institutions politiques et culturelles et les associations, entre les associations elle-mêmes, entre la mairie et les acteurs culturels locaux est tout sauf aisé, s’il ne va pas de soi, il n’empêche que l’un des éléments fédérateurs, l’une des utopies partagées dans le monde d’aujourd’hui, pourrait tenir dans cette formule lancée à la fin du débat : « il faut se battre contre la vulgarité ». Mais, pour ce faire, il faut « partir du vivant », de ce qui existe. Autrement dit, plutôt que de s’en tenir à des clivages historiques (par exemple entre « culture d’en haut » et « loisirs d’en bas »), il semble au contraire nécessaire de construire de réelles complémentarités entre le travail au quotidien et les événements forts et fédérateurs qui drainent du public (et notamment des publics que l’on ne voit pas dans les lieux habituels de la culture).


Débat n°2 : « la politique culturelle d’Arras et les relations avec les associations. Les lieux culturels existant et à venir. »

Quels critères dans les choix opérés par la municipalité en matière de politique culturelle ?

Le débat commence logiquement par la présentation du point de vue défendu par la ville d’Arras. Pour l’élu à la culture, une politique « purement municipale » n’a plus de sens aujourd’hui : il manque à la fois le niveau intercommunal (nouvel échelon territoriale encore en construction) et le niveau plus local des quartiers. Il rappelle ce qui avait déjà été dit lors du premier débat : « les choix différenciés en terme d’attribution des budgets - et qui s’orientent plutôt en faveur de « vrais projets associatifs » - sont assumés par la Ville d’Arras comme « leviers » d’un politique culturelle municipale ». En d’autres termes, s’il est nécessaire de distinguer les association de pratiques et les associations de diffusion, la Ville d’Arras soutient prioritairement le volontarisme associatif en la matière.
Certes, mais il semble qu’il y ait tout de même un manque de clarté, de lisibilité des critères de choix de la municipalité ?
Ceux-ci s’opèrent à partir de « trois postulats » :
1) « tout est regardé »
2) on évalue la pertinence du projet
3) on appuie tout particulièrement les démarches associatives qui favorisent des « croisements » (avec d’autres associations, entre les différents publics, entre le centre et les quartiers, entre la ville et l’extérieur – notamment avec le niveau intercommunal)

Un déséquilibre entre centre et périphérie

Dans l’assemblée, on pointe à juste titre l’absence des associations de quartier dans ce débat organisé à l’Office culturel, en centre-ville : « les associations de quartier ne se sentent pas naturellement chez elles à l’Office culturel » ; « politiquement, qu’est-ce que ça signifie pour une ville que tout se passe en centre-ville et que pour le reste, on ne sait pas trop ? » Ces remarques mobilisent des questions politiques plus que jamais d’actualité après les « événements » de fin 2005 : les périphéries des villes françaises continuent depuis 30 ans d’alimenter les gros titres des journaux – et les habitants des banlieues d’être stigmatisés - de manière inversement proportionnelle à l’attention politique et sociale qui leur est portés (que ce soit en terme d’équipements, de subventionnement, de valorisation du travail sans doute trop discret des acteurs de terrain, ou encore d’insertion dans les plans urbanistiques essentiellement dédiés aux quartiers du centre). Dans ce contexte marqué par une certaine « pesanteur politique, mais aussi sociologique et historique », les acteurs culturels se doivent de susciter le débat et tout le monde doit « se battre pour que l’Office culturel ne soit pas que du centre-ville ». La coupure de plus en plus nette entre centre et périphérie n’a d’ailleurs pas seulement été accompagnée par le « contre-travail » des médias mais aussi par une dissociation entre culturel et social. Ne serait-il pas temps de construire « un vrai mouvement qui refonderait une démarche socio-culturelle » ?
Notons tout de même que cette coupure entre le social et le culturel est aussi le résultat de la professionnalisation du milieu culturel, dès lors sans doute moins prompt qu’auparavant à se saisir des questions sociales et politiques contemporaines autrement que par le propos artistique lui-même. Pourtant, il est vrai que les questions « culturelles » suscitent une demande de politique (au sens fort du terme) qui est exacerbée aujourd’hui. D’ailleurs, « la politique culturelle d’une ville ne se limite pas aux beaux-arts ou au théâtre : il y a des dimensions culturelles ailleurs ». Comment une politique culturelle s’inscrit-elle dans une politique plus large ?

A ce sujet, la municipalité s’est investie dans la réflexion sur l’aménagement de la Résidence Saint-Pol – que ce soit concernant l’étude concertée avec la population sur l’avenir du Pharos ou à travers le projet d’implantation d’une nouvelle bibliothèque dans le quartier (pour favoriser la mobilité dans l’autre sens : du centre vers la périphérie).

Mais il reste que le nouvel échelon des politiques territoriales, celui des intercommunalités, ne semble pas (encore) favoriser de politique culturelle claire, élargie à une autre échelle que celle de la ville. Or, « comment penser la cité sans la dimension culturelle ? » D’autant que, pragmatiquement parlant, non seulement le budget communautaire peut permettre de faire des économies d’échelle, mais la prise de compétence culturelle à ce niveau-là peut également aller dans le sens d’un rééquilibrage entre centre et périphérie - entre centre-ville et quartiers périphériques, entre ville-centre et communes avoisinantes - et d’une meilleure concertation entre les différentes villes (« on n’est jamais complètement enfermé au sein des frontières d’une ville » et le public vient aussi d’ailleurs).
Pour les communautés urbaines, la compétence culturelle est « optionnelle » (c’est-à-dire que le élus communautaires ont à choisir un certain nombre de compétences dans une liste préétablie). Avec la Communauté Urbaine du Mans, la Communauté Urbaine d’Arras fait partie de celles qui n’ont pas opté pour la prise de compétence culturelle (celle de Lille, d’ailleurs, n’a pas encore pris de position explicite à ce sujet). Dommage ! A l’instar de l’Ecole Nationale de Musique devenue site pilote pour une coordination des formations artistiques au-delà de l’échelon municipal, ou encore de la mise en réseau des bibliothèques, l’Hôtel de Guînes aurait pu être le premier équipement communautaire (mais il a été « rendu » à la ville). Dommage également pour la possibilité d’une politique événementielle concertée (et non pas quasiment concurrentielle comme c’est parfois le cas au sein de la Communauté Urbaine d’Arras).

Lieux culturels existant et à venir

La question de l’avenir du centre culturel Noroît est évoquée, mais les éléments pour présumer de son futur semblent encore incertains au moment du débat.

Plusieurs « manques » sont également évoqués : manque de locaux de répétition, manque de lieux de stockage, manque de « lieux de vie », manque d’une salle de spectacle d’envergure (notamment pour les musiques actuelles). Certes donc, « tout le monde veut un lieu » et les demandes sont exponentielles, mais « il faut être un petit peu raisonnable » et développer « un peu de discipline collective » car « on n’ira jamais aussi vite que la demande ».

Concernant l’ Hôtel de Guînes, le projet est d’en faire avant tout un lieu de résidence et de création autour de l’écrit ; un seul studio est équipé mais il n’y a pas encore de budget à l’année pour le faire fonctionner. Pour ce lieu-là comme pour la réhabilitation du Pharos, voire pour la construction d’un autre espace dédié aux musiques actuelles, le projet ne peut pas être porté par la ville toute seule. Et l’on peut difficilement être optimiste à ce sujet, du moins si l’on s’en tient au contexte actuel de désengagement de l’Etat. D’autant moins optimiste pour la situation arrageoise qu’elle est pire qu’ailleurs encore : le cas malheureusement exemplaire du dé-conventionnement DRAC (instance déconcentrée du Ministère de la Culture) de la compagnie Avec vue sur la mer, implantée en résidence depuis 3 ans au Théâtre d’Arras, est l’occasion de rappeler que la ville d’Arras accuse un « retard historique » en matière de culture et qu’elle reçoit très peu de financements de l’Etat, mais également qu’elle souffre du déséquilibre flagrant entre le département du Nord et celui du Pas-de-Calais – déséquilibre qui semble encore s’accentuer depuis quelques années.

Une dernière intervention (« en tant que citoyen arrageois ») pose la question suivante : « pourquoi je vais quasiment toujours ailleurs qu’à Arras pour mes activités culturelles ? » Les réponses proposées pourraient peut-être nous servir de fils rouges pour de futurs débats sur la vie culturelle arrageoise :
 il y a un manque d’ouverture sur la diversité culturelle et artistique à Arras
 la culture à Arras concerne trop peu d’habitants
 il n’y a de programmation musicale digne de ce nom à Arras.

Parmi les participants au débat n°1 :

Luc Brévart du Quai de la batterie ; Paule Orsoni de l’Université Populaire ; Béatrice Dingeon de l’association Di Dou Da ; Lionel Belin de la Compagnie des 4 sans cou ; Olivier Bouly et Xuan Nguyen des Tréteaux d’Artois ; Mallory Szafulski de Art’Rock ; Jacky Bion de Phoenix ; Benjamin Guyo de Ben An Cirq ; William Guerin de KAK40 ; Jean-François Guyo de "à livres ouverts" ; Max Gaillard, Directeur du Théatre d’Arras ; Bernard Petitot du Centre Culturel Noroit ; François Desmazière adjoint à la culture de la Ville d’Arras,...

Parmi les participants au débat n°2 :
François Desmazière, adjoint à la culture de la Ville d’Arras, Thérèse Willot, adjointe aux fêtes de la ville d’Arras, Xuan Nguyen du Quai de la batterie, Christophe Bétourné des Tréteaux d’Artois, Max Gaillard, Directeur du Théatre d’Arras, Jocelyne Camphin de l’association "colères du présent", Manuelle Caput de PFM, Nicolas Pradines de l’Université Populaire, Sandra Rossi et Samuel Patde de Kak40, Ludovic Wache de TEA, Jean- François Guyot de "A livre ouvert", Stéphane Verrue de "Avec vue sur la mer", Bétatrice Coton de "Di dou da",…

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