RNT : la FRANF écrit à la Ministre de la Culture et au Président du CSA PFM, c’est qui, c’est quoi ?

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Fédération des Radios Associatives du Nord de la France
2 rue Nicolas Leblanc
59000 LILLE

Hervé Dujardin, Président et Jean Pasqualini, Secrétaire

à

Madame Aurélie Filippetti, Ministre de la Culture et de la Communication
et Monsieur Michel Boyon, Président du C.S.A.

Lille,
Le 18 juin 2012

Madame le Ministre, Monsieur le Président,

Depuis 20 ans, la Fédération des Radios Associatives du Nord de la France (FRANF) regroupe 17 des 21 radios associatives autorisées en Nord-Pas de Calais. Elle favorise le partage des savoirs et des compétences. Elle permet la mutualisation des moyens humains et matériels lors de manifestations à caractère régional (festivals, forums, salons...). Elle est l’interlocuteur-interface privilégié entre les collectivités régionales et départementales d’une part et les radios associatives d’autre part. Elle favorise la représentation des radios dans les structures nationales : C.N.R.A., S.N.R.L., I.A.S.T.A.R…
La FRANF respecte le projet radiophonique et la ligne éditoriale de chacun de ses membres. Elle ne cherche pas à uniformiser les programmes et contenus radiophoniques. Au contraire, elle permet à ses adhérents de bénéficier de l’originalité de chacun.
La FRANF ne se place pas sur le champ de la concurrence mais sur celui de la complémentarité, de la diversité et du pluralisme.

En septembre 2012, le C.S.A. procédera à l’appel à candidatures, pour les services du ressort du CTA de Lille, dans la perspective du lancement, en 2013, de la RNT.

Les radios de la FRANF ont été de celles qui ont permis l’éclosion de la FM.
La RNT ne doit pas remettre en cause les droits fondamentaux en matière de communication prévus par la loi de 1982 sur l’audiovisuel, issus de l’abrogation du monopole d’Etat de radiodiffusion de 1981.
La FRANF mettra toute son énergie à la préservation des radios associatives existantes (quel que soit leur mode de diffusion choisi) et au développement des projets radiophoniques de communication locale et associative.
Elle assistera toutes ses radios qui souhaiteront émettre leur programme de communication sociale de proximité sur ce nouveau mode de diffusion.

Cependant nous tenons à attirer votre attention sur 4 points qui nous paraissent aujourd’hui nécessiter des réponses et des engagements de votre part.

1) Quel avenir pour la FM ?

L’émission en FM est satisfaisante en termes de propagation, de réception et de qualité sonore. Toutes les radios de la FRANF sont aujourd’hui en auto-diffusion et maîtrisent parfaitement cette technologie : elle est cohérente avec leur projet de communication associatif et participatif.
Certes, cette ressource hertzienne est limitée en nombre de fréquences, mais elle est, pour nous, gage d’indépendance, n’ayant pas à subir les tarifs prohibitifs pratiqués par les sociétés privées de diffusion.
La FRANF regrette que les programmes associatifs aient, depuis toujours, été les premières victimes de la rareté de la ressource hertzienne. Dans Lille intra-muros, il n’existe qu’une radio associative (RCV) qui, depuis sa création et contre sa volonté, partage sa fréquence avec une autre radio associative de Lambersart (RPL 99FM). Si la RNT permet à chacune de ces radios d’obtenir une fréquence pleine, il est nécessaire, dès aujourd’hui, de leur accorder une fréquence pleine en FM. L’intérêt de leur programme ne différera pas que l’on soit en mode de réception analogique ou numérique.
Par contre, trop d’incertitudes sur la qualité du signal et le coût de la diffusion demeurent pour que soit envisagée une extinction de la FM. Celle-ci ne pourrait être envisagée, ce qui n’est absolument pas d’actualité, que lorsque les modèles économiques seraient éprouvés, que le territoire national serait entièrement couvert et que les auditeurs auraient librement fait le choix de la réception en mode numérique. Provoquer le basculement de l’auditoire par l’achat obligatoire d’un nouveau récepteur, relève d’une pratique consumériste contraire à nos valeurs. Nous ne connaissons que trop les difficultés financières des habitants du Nord-Pas de Calais pour leur imposer une dépense contrainte.

La FRANF demande donc le maintien de la FM. Dans le processus de passage, éventuel, à la RNT, aucune radio associative ne doit être « perdue ». Les radios associatives doivent pouvoir basculer vers la RNT quand elles le souhaitent.

2) Quel coût et quelles aides financières pour les radios associatives ?

La diffusion en RNT provoquera de nouvelles charges financières pour les radios associatives (transport du signal, élaboration des données associées, multiplexage).
Dans le texte de la consultation publique, en juin 2012, en vue du lancement de l’appel en radio numérique terrestre du ressort du CTA de Nancy, le questionnement économique du CSA ne porte que sur les capacités du marché publicitaire local. Il omet de questionner sur les capacités de l’État ou des collectivités locales à financer ces nouvelles charges imposées aux radios associatives. La FRANF considère que, si le marché publicitaire local est en mesure de supporter l’arrivée de nouveaux opérateurs commerciaux, une partie de l’économie générée par ce marché doit permettre l’hébergement gratuit, ou à tarif symbolique (sur les exemples de tarification sociale mis en œuvre dans d’autres domaines), des services associatifs sur les multiplexes couvrant leur zone de service.
Les radios associatives doivent disposer d’un débit et d’une qualité sonore égaux aux autres opérateurs (pas de multiplexe de deuxième classe par la catégorie A).

La FRANF demande au CSA de communiquer au Ministère de la Culture et de la Communication, le nombre de services associatifs que la ressource RNT permettra de diffuser (programmes déjà existants en FM et nouveaux programmes).
La FRANF demande également au CSA de confirmer et de préciser le calendrier de déploiement de la RNT sur l’ensemble du territoire. La FRANF demande au Ministère de la Culture et de la Communication, qu’à partir des chiffres et dates communiqués par l’autorité indépendante, le Fonds de soutien à l’expression radiophonique soit abondé en conséquence. Cet abondement devra non seulement permettre la diffusion des services actuels et futurs en RNT mais aussi l’éligibilité des nouveaux services aux subventions d’installation, d’équipement et de fonctionnement du FSER.

3) Quels services de radios associatives pour quel territoire ?

En juin 2009, le CSA a mené une consultation publique pour le lancement de la RNT. Plus de 450 contributions ont été adressées au CSA, qui, en novembre 2009, en a publié une synthèse.
La FRANF et les radios de la fédération ont participé à cette consultation. La FRANF avait notamment émis un avis sur la taille des allotissements et leur périmètre. Contrairement à notre souhait, les premiers découpages, en allotissements régionaux, intermédiaires et locaux proposés par le CSA pour le CTA de Lille ne tiennent pas compte des liens établis par les radios et leur zone de diffusion FM. Le CSA propose des découpages pensés suivant une logique commerciale, afin que les opérateurs commerciaux bénéficient d’un potentiel d’auditeurs suffisant pour leurs annonceurs.
Ces découpages ne tiennent compte ni des relations tissées avec les bassins de vie par les radios associatives depuis près de 30 ans, ni de la structuration en cours et à venir de ces territoires. Les radios associatives devront, bien souvent, afin de maintenir ou créer des partenariats, postuler sur deux plaques locales concomitantes. Sans une couverture RNT identique (ou l’incluant) à la couverture FM, le lien social et culturel dont les radios associatives sont partie prenante sera fragilisé et les financements locaux seront remis en cause.

La FRANF demande que le CSA assure l’intégration des radios associatives dans tous les multiplexes des allotissements locaux qui leur permettent de retrouver, a minima, l’intégralité de leur zone de couverture FM. La FRANF demande à ce que les cartes du découpage de la région lui soient communiquées dans les plus brefs délais et fassent l’objet d’une concertation.

4) Quel calendrier, quelle procédure ?

La FRANF déplore le calendrier proposé par le CSA. Ce calendrier ne prévoit aucune réunion d’explication et de concertation du CSA avec les opérateurs associatifs.

La FRANF souhaite que le CSA ne lance la procédure d’appel sur la zone du CTA de Lille qu’après avoir répondu aux points évoqués précédemment et que le Ministère de la Culture et de la Communication nous ait également transmis ses réponses.
Les temps d’explication et de concertation sont nécessaires : le calendrier fixé ne le permet pas.
La FRANF demande que la date de début de diffusion en RNT des services sélectionnés sur les différents allotissements ne soit fixée que lorsque l’État aura communiqué les mesures de financement dédiées à la diffusion en RNT.

Confiant dans la suite que vous donnerez à notre demande, nous vous prions de croire, Madame le Ministre, Monsieur le Président, en l’expression de nos respectueuses salutations.

Pour le conseil d’administration :

Hervé Dujardin, Président et Jean Pasqualini, Secrétaire

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Vos commentaires
  • Le 23 juin 2012 à 11:16
    par Maria

    La RNt est une aubaine pour la radio associative, le coût en est 6 fois et demi inférieur à celui de la FM, les démonstrations de Nantes et de lyon ont confirmé le sérieux et la viabilité de la RNT. Seul le bureau de la Radio agit contre la RNT et propage de faux prétextes comme le coût (Très élevé) pour décourager les associatives et bloquer la machine RNT qui octroie plus de places à de nouvelles radios associatives sur tout le territoire national , ce qui réduit la zone de diffusion de ses dites grandes radios et donc la recette publicitaire.
    Ces grandes radios ne veulent pas de la RNT gratuite mais opteraient pour la RNT payante ( avec tous ce qu’il y’a a payer aujourd’hui , faut-il encore payer pour écouter la radio et quelle radio ? une radio réservée à un public à l’aise financièrement et qui n’a pas de soucis du quotidien). Le but n’est-il pas de limité la radio et la libre expression via la sabordage de la RNT ?
    La radio doit rester libre gratuite et accessible à tous, tous les français n’ont pas envie d’écouter la même chose.
    place à la diversité.

    Comment peut-on tuer la RNT en France et la faire en à l’étranger ???

  • Le 24 juin 2012 à 18:03
    par Jean

    Merci de votre contribution au débat.
    Je ne comprends pas comment vous pouvez affirmer que le coût de diffusion (et d’équipement) en RNT est 6,5 fois moindre qu’en analogique hertzien ! La plupart de nos radios sont actuellement en autodiffusion, c’est-à-dire qu’elles maîtrisent les conditions de diffusion. Le coût est donc l’équipement (faisceau, émetteurs, antennes) et la location du site d’émission (quand la radio n’en est pas propriétaire).
    En RNT, nos radios (associatives) devront être sur un multiplex (en entente avec d’autres radios -commerciales en majorité) dont le coût est de l’ordre de 15 000€/an/allotissement ! Et, ce qui n’est pas un détail, nous perdons notre autogestion de la diffusion...

    Nous n’avons actuellement aucune garantie que l’Etat financera les radios associatives pour l’équipement et la diffusion en RNT.
    C’est le saut dans le l’inconnu (dans le vide ?)...

    A Nantes et à Lyon, qui a payé ???


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